Gentille inspiration

Cette fois-ci, ça n'est pas moi qui écrit. C'est Anna-Lise, une amie chère à mon cœur. Avec son autorisation, je vous partage ce que la lecture de "Gentille dans des conditions normales d'utilisation" lui a inspiré :

 

 

 

Suis-je assez gentille pour faire un commentaire sur ce livre qui m’a bien fait marrer, mais pas que… ?

 

 

 

Avec sa belle énergie et son humour, Agnès nous raconte l’histoire de cet olibrius qui s’est incrusté chez elle. Lui se voit comme un être éclairé, mais il est décalé du concret et de la réalité de sa situation. C’est peut-être pour masquer son immaturité qu’il plane dans les hauteurs spirituelles – et ce n’est pas un reproche sauf que, au quotidien, il se comporte plutôt en prédateur : il prend et ne donne rien. Il s’installe comme un coucou et va pousser à bout la gentille… car tout son art est d’esquiver les limites (et donc les responsabilités).

 

 

 

Qui, parmi les gentil-les qui lisent ce post, n’a pas connu ce genre de scénario où on suit son mouvement du cœur pour se retrouver piégée dans d’inextricables galères – des galères ne nous concernent pas mais qui nourrissent sur bien des plans ce genre de chancre au faciès innocent ? Alors on doute de l’humanité, jusqu’à comprendre que c’est juste un malade qui a su anesthésier notre sens critique pour nous sucer la moëlle.

 

 

 

Ben oui, on n’est pas responsable de sa maladie. Et ce n’est pas notre élan de cœur qui a créé la situation. Mais c’est le profiteur qui, sous son emballage humaniste, trouvera toujours normal de profiter (il faut bien vivre), et d’essayer de tirer parti de tout ce qui passe à sa portée. C’est un schéma de comportement qui devient banal dans notre société où l’argent est au cœur de nos activités, et où le profit se substitue à l’échange dans les relations.

 

 

 

Donc le livre décrit plutôt un pauvre type, semble-t-il. Que la gentille soit ulcérée est plutôt une réaction saine ! Sans préjuger du niveau de conscience de l’occupant en question, on sait bien que certains sont fortiches pour dénicher la faille inconsciente par laquelle ils vont s’infiltrer dans l’univers de leur proie. Et on sait aussi qu’en général ils choisissent des personnes sensibles mais fortes : c’est une excellente énergie à vampiriser. Ils ne les respectent pas mais en abusent.

 

 

 

La gentille, pompée, dépréciée, et qui voit son lieu de vie devenir un monceau de détritus (où le parasite se sent à l’aise), finit par exploser. C’est là la touche finale de l’artiste, qui se pose alors en victime de la gentille : on reconnaît le scénario d’inversion où c’est la faute de ‘l’autre’... Ici, l’artiste pourrait même se dédouaner en disant que c’est la gentille l’a piégé en lui proposant l’hospitalité et -de plus- en le forçant à être autrement que l’être supérieur qu’il continue humblement d’être. Allez, inutile d’entrer dans ces logiques tordues, voire perverses. Revenir à soi, ne pas continuer à se laisser vampiriser en esprit !

 

 

 

… Eh bien, derrière cette histoire de ‘manipulateur’, racontée avec la ferveur du vécu et l’humour nécessaire pour commencer à se détacher des dégâts d’une prédation d’autant plus insidieuse qu’elle est invisible, je m’interroge. Je m’interroge sur les dangers de faire confiance à des personnes qui se présentent comme éclairées, ou détentrices d’un savoir qui les rend ou les fait se sentir supérieures (aux autres). C’est pour moi la racine du ‘pouvoir sur l’autre’, qui est effectivement à la source de bien des dégâts, psychiques et/ou matériels.

 

 

 

Il y a une forme de viol psychique à utiliser l’autre sans limites, à profiter de sa disponibilité à son propre et seul profit, comme si cela allait de soi, comme si c’était ça la vie. L’humanité aspire à plus grand que ces mesquineries. Nous avons encore du chemin à faire pour vivre dans le respect mutuel, la reconnaissance de notre interdépendance, le pouvoir de la réciprocité… Merci, Agnès, de tirer la sonnette : il vaut mieux ne pas faire entrer le loup dans la bergerie, même s’il se prétend végétarien.

 

 

Anna-Lise

 

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